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La rumeur fantaisiste est partie de l'extrême droite. Elle séduit la gauche radicale.

Le Monde.fr |  |Par Alain Beitone, professeur de Sciences économiques et sociales Lycée Thiers Marseille

 

La rumeur enfle depuis quelques semaines, sur internet, dans les médias, dans les déclarations de leaders politiques : la source de tous nos maux économiques serait la "loi de 1973".

C'est l'extrême droite qui est à l'origine du mouvement. D'Alain Soral à Marine Le Pen, les choses sont claires la "loi Pompidou, Giscard, Rothschild", en réformant les statuts de la Banque de France empêche l'Etat de "battre monnaie" pour se financer ce qui permet aux banques privées de s'engraisser en encaissant les intérêts de la dette. Certains n'hésitent pas à parler de "casse du siècle".

Dans ce courant politique, la lourde insistance sur les fonctions jadis exercées par G. Pompidou au sein de la banque Rothschild est loin d'être innocente. On se trouve en présence d'une rumeur complotiste traditionnelle qui désigne un bouc émissaire et apporte une explication simple à la crise de la dette. Ce discours a son correspondant aux Etats-Unis avec la campagne autour du livre de Eustace Mullins sur les secrets de la Réserve Fédérale, dont la création est attribuée à un complot de banquiers impulsé par…James de Rothschild. Mullins (décédé en 2010) était une figure marquante de l'extrême droite antisémite américaine. Il suffirait donc de rendre la Banque de France aux français et de financer les dépenses publiques par des crédits à taux nuls ou très faibles pour que la crise de la dette soit résolue.

Curieusement, la dénonciation de la "loi de 1973" fait aussi florès au sein de la gauche radicale. Un document récent sur la dette diffusé par Attac et la Fondation Copernic, fait de cette loi une des trois causes principales de la crise actuelle. Fort heureusement, la connotation antisémite est absente de ce second type de discours. Mais sur le plan économique, l'argumentation est la même : avant la loi de 1973, l'Etat pouvait se financer à des taux très faibles auprès de la Banque de France, depuis, il est devenu prisonnier des marchés financiers. Il suffirait donc d'en revenir au mode de financement ancien pour que les problèmes soient résolus et seule l'obstination de la BCE et des allemands nous empêcherait d'adopter cette solution de "bon sens".

Le fait que la loi de 1973 ait été abrogée en 1994 ne conduit apparemment pas ces innombrables blogueurs et autres auteurs de tracts à se poser la moindre question. De plus, bien avant cette loi, les banques commerciales assuraient déjà la création d'une bonne partie de la monnaie.

Par ailleurs, la loi de 1973 ne fait que confirmer la possibilité ancienne pour le Trésor d'obtenir des avances auprès de la Banque de France dans le cadre d'une convention approuvée par le parlement. Bref, une analyse économique et historique même superficielle conduit à rejeter l'explication incantatoire par " la loi de 1973 ". Comme souvent, les rumeurs, en même temps qu'elles proposent une explication simpliste, occultent les vrais problèmes. Citons en rapidement quelques uns :

- La crise des dettes souveraines dans la zone euro, n'est pas d'abord liée au niveau d'endettement (le Japon, les Etats-Unis, la Grande Bretagne sont plus endettés), il s'agit d'une crise de la gouvernance au sein de la zone euro. Quand bien même la "loi de 1973" expliquerait la montée de la dette publique en France (ce qui n'est pas le cas), elle n'explique pas la crise des dettes souveraines dans l'Union Européenne à laquelle il faut répondre ici et maintenant.

- La France est bien passée d'un financement de la dette publique très largement administré dans le cadre du "circuit du Trésor", à un financement par le marché. On peut préférer une moindre dépendance à l'égard des marchés financiers, mais sans oublier que le financement administré n'est pas sans inconvénients. Et sans oublier non plus que le passage au financement de marché était lié à la volonté d'obtenir des crédits à moindre coûts sur un marché plus profond et plus liquide.

- La crise actuelle des dettes souveraines en Europe est d'abord une crise liée à l'ampleur des mouvements spéculatifs et la régulation insuffisante du système financier. C'est de cela qu'il faudrait discuter, et non de la loi de 1973.

- L'augmentation brutale du taux d'endettement des Etats en Europe est d'abord la conséquence de la crise économique mondiale qui s'est déclenchée en 2007 à partir de l'éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis. Ce qui est en jeu, c'est d'abord la relance de la croissance et l'abandon des politiques de rigueur qui ne peuvent qu'accroître la gravité de la situation économique. Sur ce dossier aussi, la dénonciation de la loi de 1973 n'est d'aucun secours.

- En invoquant la loi de 1973, on passe sous silence l'essentiel : le traité de Maastricht et la définition qu'il donne des missions de la Banque Centrale Européenne. De nombreux économistes (P. Artus, J. Pisani-Ferry, H. Rey) ont souligné que pour mettre un coup d'arrêt à la crise de la dette, il faudrait que la BCE annonce un taux d'intérêt plafond sur les dettes publiques et son intention de racheter sans limitation les titres de dette si ce taux est dépassé sur le marché. J.C. Trichet, puis M. Draghi se sont refusés jusqu'ici à une telle politique en invoquant la lettre des Traités et le statut de la BCE. C'est cela qu'il faudrait changer et non la "loi de 1973" abrogée depuis longtemps.

- Enfin, il faut rappeler que si l'on souhaite accroître la part relative des consommations collectives dans le revenu national, il faut nécessairement réduire la part relative des consommations privées.

Pour que cela se produise de façon compatible avec la justice sociale, il faut une réforme fiscale d'ampleur, donnant au système de prélèvement fiscal et social un caractère véritablement progressif. Croire que l'on peut répondre aux besoins sociaux en finançant par la création monétaire la construction d'école et d'hôpitaux ou la recherche scientifique c'est entretenir une illusion dangereuse. Certes, la science économique nous enseigne que la création de monnaie joue un rôle essentiel pour assurer la croissance en finançant par anticipation la création de richesses futures, mais cela n'est pas contradictoire avec la nécessaire prise en compte des contraintes de financement liées, notamment à la répartition plus ou moins équitable des revenus.

Ce serait l'honneur de la gauche, surtout de celle qui veut changer radicalement l'ordre du monde existant, de poser les vrais problèmes plutôt que d'alimenter la rumeur fantaisiste sur la "loi de 1973".

Dernier ouvrage paru : Dictionnaire de sciences économiques (Armand Colin), 2010.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/29/la-loi-pompidou-giscard-rothschild-votee-en-1973-empecherait-l-etat-de-battre-monnaie_1623299_3232.html#oWcOFxxpA7Ck8OEe.99

Dette publique et "loi Rothschild" : le silence des médias

201 réactions | 603910 lu

 

Avatar de Olivier Bonnet

Par 
Journaliste engagé

LE PLUS. On parle beaucoup de crise et de dette en ce moment, mais de quelle manière ? Le journaliste Olivier Bonnet reproche aux médias de relayer la théorie libérale, sans s'interroger sur des étapes fondamentales comme celle de la loi Pompidou-Giscard en 1973.
http://tempsreel.nouvelobs.com/

Édité par Hélène Decommer 

C'est le point aveugle du débat : la dette publique est une escroquerie ! En cause, la loi Pompidou-Giscard de 1973 sur la Banque de France, dite "loi Rothschild", du nom de la banque dont était issu le président français, étendue et confortée ensuite au niveau de l'Union européenne par les traités de Maastricht (article 104) et Lisbonne (article 123).

 

D'une seule phrase découle l'absolue spoliation dont est victime 99% de la population : "Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France".

 

argent (JAUBERT/SIPA)

(JAUBERT/SIPA)

 

Contraint d'emprunter aux banques privées

 

En clair et pour faire simple, la Banque de France a désormais interdiction de faire crédit à l’État, le condamnant à se financer en empruntant, contre intérêts, aux banques privées, au lieu de continuer à emprunter sans intérêt auprès de la banque de France qui lui appartient. Depuis l'application de ce principe, la finance et son infime oligarchie donnent la pleine mesure de leur asservissement des peuples, en une spirale exponentielle d'accroissement des inégalités.

 

Le pouvoir est désormais aux mains des créanciers privés, qui l'exercent au bénéfice exclusif d'intérêts particuliers, quand la puissance publique a renoncé à son devoir de protéger l'intérêt général. La démocratie, étymologiquement pouvoir du peuple, est morte. On le voit en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France...

 

Qui gouverne ? "La troïka" - Union européenne, Fonds monétaire international et Banque centrale européenne - resserrant toujours davantage son emprise jusqu'à l'étranglement des peuples. Et l'on pérore sans fin sur les plateaux de télévisions, sur les ondes et dans les colonnes de la presse sur "l'insupportable fardeau de la dette", "la France en faillite", "les nécessaires sacrifices", que "nous ne pouvons pas continuer à vivre au-dessus de nos moyens" et que, d'ailleurs, "les Français l'ont compris".

 

Silence médiatique

 

Inlassable propagande des conservateurs-libéraux ? Bien sûr, mais relayée par le silence complice des médias. Et c'est ainsi que s'imposent dans l'opinion les apparentes évidences biaisées qui prétendent l'austérité inéluctable, contre la justice et l'intelligence. Deux ans d'austérité en Grèce déjà, pour quel résultat ?

 

Avec toujours la même justification simpliste et manipulatrice, résumée par la question posée par un journaliste d'Europe 1 à Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle : "Mais comment des pays européens endettés peuvent-ils faire autrement pour réduire leurs déficits ?"

 

 

Un graphique pour illustrer le propos, qui montre l'hallucinante évolution de la courbe de la dette publique.

 

 

"Ainsi, entre 1980 et 2008, la dette a augmenté de 1088 milliards d’euros et nous avons payé 1306 milliards d’euros d’intérêts", résume Mai68.org. Faisons la soustraction : sans les intérêts illégitimes encaissés par les banksters financiers privés, la dette publique française se serait élevée, fin 2008, à 21,4 milliards d'euros - au lieu de 1327,1 milliards ! Un escroc peut-il rêver pareil butin ? Et personne ne dénonce jamais ce scandale absolu ! A part Mélenchon et l'extrême droite - qui ne le fait que par opportunisme, étant entendu qu'elle a toujours été au service zélé du capitalisme libéral et ne remettra donc jamais en cause son empire...

 

Mais les éminents confrères ? Les Calvi, Barbier, Demorand, Joffrin, Apathie, Bourdin, Pujadas ou qui savons-nous encore ? Ceci ressemble bien à une omerta. Et à une honteuse trahison de leur mission d'informer.

 

 

Article initialement publié sur plumedepresse.

Voir aussi, sur le même sujet, le projet de documentaire du mensuel RegardsL'arnaque du siècle.

Sur le web : Hamon : "Président, j'abrogerai la loi travail"

 

 

Loi de 1973 MIchel Rocard dit la vérité

Michel Rocard révèle l'aberration de la Pompidou-Giscard (ou loi Rothschild) et le raquette organisé des banques... Quand les gens vont-ils se réveiller ???

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