L'urine, témoin de notre santé paré de mille vertus

Ce liquide peut nettoyer les plaies, traiter les mycoses, voire soulager certains maux, et son analyse permettra bientôt de dépister certains cancers.

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Modifié le  - Publié le  | Le Point.fr

Demain, il sera sans doute possible de détecter aussi dans les urines la présence d’un cancer.

Demain, il sera sans doute possible de détecter aussi dans les urines la présence d’un cancer. © REX/E. M. Welch/REX/SIPA / REX / REX/E. M. Welch/REX/SIPA/ REX/E. M. Welch/REX/SIPA

On peut « donner un coup de reins », « avoir les reins solides » ou encore se distinguer par « une jolie chute de reins ». Cet organe, dont le nom revient dans plusieurs expressions, est pourtant mal connu de la population. Très discret – tant qu'il fonctionne correctement –, il est parfois paré de vertus dont il ne dispose pas. C'est pourquoi André Giordan, physiologiste, spécialiste de l'éducation thérapeutique et professeur à l'université de Genève, vient de lui consacrer un intéressant livre au titre évocateur : Le rein a bon dos*. Il y explique que le rein ne sert pas seulement à débarrasser le sang de ses déchets. C'est aussi une véritable tour de contrôle interne qui régule les principales activités vitales et gère nombre de composants indispensables à notre organisme.

 

 

L'auteur consacre plusieurs chapitres à l'urine, la plus visible des productions de cet organe, dont les vertus sont connues depuis la préhistoire. De tout temps, les hommes s'en sont servi pour nettoyer les plaies et prévenir les infections. Une technique ensuite employée par les armées romaines en campagne. On sait aujourd'hui que ce fluide est neutre (il ne brûle pas) et ne contient pas de microbes, en tout cas si son propriétaire est en bonne santé. Mais il faut l'utiliser dès sa production. Quant à l'urée, qui est un de ses principaux constituants, elle sert toujours en dermatologie pour ramollir les croûtes et les callosités. Ainsi que pour traiter les mycoses. La chanteuse Madonna a confié à la télévision qu'elle urinait sur ses pieds pour venir à bout de ses champignons…

Boire un petit verre d'urine le matin à jeun !

Quant à l'urinothérapie, elle ne date pas non plus d'hier et elle a toujours ses adeptes. Hippocrate la conseillait déjà pour soulager divers maux. Aujourd'hui encore, en Chine, en Inde et aussi en France (sur les recommandations de naturopathes), des personnes boivent un petit verre d'urine le matin à jeun. Au Japon, des centenaires en parlent comme d'une source de longue vie. « Aucune étude sérieuse n'a été entreprise pour confirmer son réel intérêt », précise André Giordan. Pour lui, le fait de « faire amaroli », comme certains dénomment cette pratique, n'aurait pas d'effet néfaste, « du moins à dose limitée ».

Enfin, l'observation des urines est sans doute l'une des plus anciennes pratiques de ceux qui faisaient profession de santé. Des tablettes d'argile datant de 4 000 ans avant notre ère l'attestent. Au fil du temps, les analyses sont devenues plus complètes et fiables. « Les urines racontent votre vie », note l'auteur. Leur couleur, leur odeur, leur aspect et leur composition renseignent sur le fonctionnement des reins et signent la présence d'éventuelles maladies, d'infections… ou de préférences alimentaires. Leur examen permet de signaler le début d'une grossesse ou la prise de drogues, voire de substances interdites chez les sportifs qui se dopent.

Demain, il sera sans doute possible de détecter aussi dans les urines la présence d'un cancer. Des scientifiques de l'université du Missouri mènent actuellement un essai clinique consistant à y rechercher la présence de ptéridines, des composants organiques dont le niveau augmente significativement chez les patientes porteuses d'une tumeur mammaire. Un laboratoire canadien prévoit de commercialiser un test urinaire qui mettra en évidence la présence de polypes dans le côlon. D'autres travaux portent sur le cancer de la prostate. Nos urines ont encore bien des secrets à nous livrer.

* Éditions JC Lattès, 220 pages, 18 euros